Mobilisation du 28 avril 2016

À l’occasion du Conseil communautaire du 28 avril et en marge de l’appel de l’intersyndicale pour alerter sur les conditions de travail de plus en plus difficiles au sein de Caen la mer, le Collectif des personnels du Conservatoire a accueilli les élus en fanfare.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Voir l’article de presse

Dorothea Baritsch, représentante syndicale du Conservatoire-Orchestre de Caen a ensuite lu le texte rédigé par l’intersyndicale à la tribune de la salle du conseil :

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les maires et élus communautaires,

Certains d’entre vous doivent déjà se dire « qu’est ce qu’ils ont encore ces syndicats jamais contents… qu’est ce qu’ils veulent encore ? ».

Nous ne sommes pas là aujourd’hui pour vous demander de l’argent, rassurez-vous, mais pour tirer encore une fois la sonnette d’alarme. La situation est suffisamment grave et sérieuse pour que l’ensemble des agents nous demandent de relayer auprès de vous leur malaise. C’est pourquoi les organisations syndicales (SUD, CGT et UNSA) se sont réunies pour déposer, pour la 1ère fois depuis la création de l’agglomération, un préavis de grève sur la base d’une conviction commune : la communauté d’agglomération va mal et ce n’est pas qu’une question d’argent !

Le président connait nos revendications mais ne daigne les entendre pour débattre sur les difficultés rencontrées par les agents, que lors de l’entretien provoqué par le préavis de grève : le personnel n’est pas sa préoccupation première. Devons-nous considérer cette attitude comme du mépris ?

Nous avons tous conscience des contraintes budgétaires drastiques qui s’imposent à vous, maires et élus, mais elles s’imposent à nous tous d’une façon générale, parce que beaucoup oublient trop souvent que les agents publics ne sont pas que des euros sur une ligne budgétaire « masse salariale », mais qu’ils sont des hommes et des femmes qui aiment leur travail et qui l’exercent avec conviction pour rendre un service public à la hauteur de ce que vous, élus, souhaitez pour vos communes respectives et pour le territoire de Caen la mer.

Les agents publics sont aussi des agents économiques, des usagers qui payent des impôts, qui votent… ce ne sont pas, comme on veut trop souvent le caricaturer, des privilégiés qui en demandent toujours plus.

Seulement, voilà, aujourd’hui, les agents de Caen la mer, toutes catégories confondues, veulent vous alerter :

  • sur les dysfonctionnements internes majeurs de l’agglomération,
  • sur les conséquences désastreuses de la mutualisation forcenée des services qui a été menée au pas de charge
  • et sur le fait que les missions de service public sont aujourd’hui analysées sur un seul plan comptable basique sans analyse des conséquences à moyen et long terme, ni des impacts internes et externes.

Le Conservatoire régional, son orchestre, les piscines de Caen la mer, les bibliothèques de l’agglomération, la nouvelle Bibliothèque Alexis de Toqueville… autant d’établissements qui participent à la qualité de notre territoire, à son attractivité. Tous aujourd’hui sont analysés sous le seul angle de 3 lettres magiques : « EVP »… Éléments Variables de Paie ! Les dés sont jetés… S’ils sont variables, c’est qu’on peut s’en passer non ? Miracle, voilà une piste d’économie : on va les diminuer de 25%… pour commencer… La gestion comptable, nous y sommes ! Seulement voilà, les EVP n’ont rien de variable :

  • ce sont tous les contractuels que l’agglomération doit embaucher ponctuellement pour remplacer les titulaires absents ou malades quand ce n’est pas occuper des postes vacants,
  • ce sont les artistes invités pour les représentations de l’orchestre et qui eux aussi contribuent au rayonnement culturel de notre territoire
  • ce sont tous les maîtres nageurs et agents remplaçants sans lesquels vous seriez contraints de fermer ponctuellement les piscines, les bibliothèques…
  • ce sont les professions spécialisées sans lesquelles vous, élus, ne respecteriez pas vos obligations en matière de sécurité, comme les SIAP, les personnes d’accueil qui assurent la sécurité à l’entrée du conservatoire les soirs de concert… la liste est longue.

Ces EVP, c’est la flexibilité de la fonction publique. Que ces pratiques soient discutables, le débat reste ouvert, mais il est certain que supprimer ces EVP signifie à moyen et long terme une dégradation notoire du service public.

Tous les services ont fait des propositions de réductions budgétaires, ce n’est pas une pratique nouvelle à Caen la mer, mais en ce qui concerne les services directs à la population, faire une comptabilité numérique n’est pas sans conséquence politique : la corde va casser ! Persister dans cette voie va vite se traduire par des fermetures. Vous pouvez demander aux agents publics de vous faire des propositions d’économies, mais pas de détruire le service public qu’ils ont contribué à rendre de plus en plus qualitatif d’année en année : il s’agit là d’un vrai débat et d’un choix politique.

Tout un chacun sait que lorsqu’on n’a pas d’argent, il faut avoir des idées, être créatif… et surtout être polyvalent !

Nous touchons là le fonctionnement interne : l’agglomération Caen la mer est atrophiée, menacée dans son existence même. La mutualisation des services qui a été infligée sans aucun diagnostic préalable a conduit à détruire tout ce qui était « AGGLO » pour ne retenir que ce qui est « VILLE DE CAEN »… nous sommes les premiers à dire que bien des points restaient perfectibles dans l’organisation du fonctionnement de l’agglomération mais une de ses qualités majeure était… nous disons bien ÉTAIT, sa réactivité. L’agglomération était réactive parce que sa hiérarchie travaillait de concert avec les agents, quel que soit leur grade. Si un agent de catégorie C ou B avait la connaissance la plus adaptée à une problématique, on s’adressait à lui sans autre considération de grade ou de positionnement hiérarchique… Aujourd’hui, c’est terminé… Tout doit maintenant passer par un filtre DGA qui sert d’entonnoir ou de passe-plats… perte de temps sans plus-value manifeste ! Et que dire des conséquences de la déresponsabilisation des Directeurs et chefs de service qui ne gèrent absolument plus rien.

L’agglomération était réactive parce qu’elle avait constamment cherché à améliorer ses procédures, les rendre plus fluides, mais surtout, et, peut-être parce qu’elle a démarré comme une TPE/PME, la polyvalence était une règle quasi absolue pour fonctionner. Seule la polyvalence peut permettre d’optimiser des organisations. La mutualisation avec la ville de Caen nous a obligés à subir la partialisation des tâches. Un chaînon est manquant et tout s’arrête… Passer un marché à l’agglomération c’était 6 mois maxi pour un appel d’offres important, c’est maintenant 10 mois minimum… et pour résoudre ce problème… on va recruter !!! Bravo la mutualisation des services !

Et nous ne développerons pas l’exaspération des agents ex Caen la mer qui tous, à 99,99%, ont pris, a minima un N+1 issu pour la plupart de la Ville de Caen ou extérieur à l’agglomération… Exaspération de voir détruire tous les jours un peu plus tout ce qu’on avait construit, exaspération devant des comportements managériaux d’un autre temps, dégradants et inacceptables que nous ne cessons de dénoncer jour après jour.
La mutualisation n’est pas terminée, d’autres services de la ville de Caen vont être transférés, que vont devenir les services de Caen la mer ? Seront-ils noyés dans l’organigramme de la ville de Caen, imposé en force, organisation qui ne laisse aucune initiative, qui empêche de réfléchir pour aller de l’avant, qui empêche les agents d’être source de proposition. Quel devenir pour la CU ?

Nous sommes devant vous aujourd’hui pour vous alerter : l’agglomération est en perte d’existence ! La mutualisation devait prendre le meilleur de chaque structure, mais seules l’organisation, les procédures et les attitudes managériales de la ville de Caen ont été retenus…. N’avons-nous rien fait de bien depuis 20 ans ? Des groupes de travail ont été constitués mais combien d’agents ex Caen la mer y ont été intégrés ? Quasiment aucun, et quand cela a été le cas, leurs remarques ont été déboutées…même l’en-tête principal d’une fiche de poste d’un agent de Caen la mer est le logo de la ville de Caen !

Trop, c’est trop ! Ce que nous voulons vous dire aujourd’hui c’est que nous lutterons sans aucun répit, et avec tous les moyens qui seront les nôtres pour que l’agglomération reste une structure intercommunale au service de tous, pour que des postes soient créés en priorité pour maintenir les services directs à la population, et pas pour pallier la désorganisation des services centraux due à mutualisation.

Nous sommes conscients qu’il faut faire des économies si on veut garantir la survie du service public, mais nous ne pouvons accepter que les économies demandées dans les établissements culturels ou sportifs qui mettront demain en péril les services à la population soient demandées alors même que l’agglomération, dans son fonctionnement interne, est devenue une structure lourde, archaïque, trop hiérarchisée, engluée dans ses procédures inutiles et chronophages… elles seraient là les économies : dans le changement des mentalités et des procédures.

Nous sommes aujourd’hui des lanceurs d’alerte : le personnel de l’agglomération est exaspéré, au bord de l’implosion. Si vous, maires, élus communautaires, vous ne réagissez pas maintenant pour imposer un changement de mentalité, la confiance au savoir-faire de tous les agents, nous risquons d’aller tous dans le mur ! Quand demain vous demanderez quelque chose à l’agglomération, elle sera incapable de vous apporter les réponses rapides et efficaces que vous attendez.

Merci de votre écoute et sachez que les agents de Caen la mer attendent beaucoup de votre réaction.

Devant la pression des syndicalistes, Joël Bruneau modifie l’ordre du jour du conseil. Il tente de répondre aux inquiétudes et reporte les discussions sur le conservatoire au vote du budget 2017.

Ensuite, trois élus d’opposition (Xavier Lecoutour, PRG, Eric Vève, PS et Samia Chehab, EELV) ont demandé au président de garantir les budgets du Conservatoire et d’écouter la parole des personnels de l’institution.